Mercredi 2 février 2005

 

À la une du journal Le Monde du 27 janvier 2005, M. Luiz Inacio Lula da Siva, président en exercice du Brésil, donnait son point de vue sur Davos et Porto Alegre qu’il qualifie de "champs communs possibles". Au-delà de la stature de l'auteur et de l'importance du sujet qu'il aborde dans son article, c'est le style qui retient mon attention. En lisant M. Lula, je retrouve tout le charme de la littérature brésilienne, surtout les romans de George Amado, avec ses tournures de phrase alambiquées, ses personnages impossibles et ses situations inattendues, le tout généreusement arrosé de caçaca et noyé dans des beignets de poisson savoureux. La cannelle pour le goût, la peau satinée des mulâtres pour faire joyeusement fructifier la nature humaine dans la nonchalance des nuits de Bahia de tous les saints. M. Lula ne déroge pas cette joie contagieuse que procure le verbe et que semblent partager les Brésiliens: en regrettant les morts causées par le tsunami asiatique, il évoque le fossé qui s'approfondit entre pauvres et riches, et il recommande, -admirez la tournure- "d'examiner une autre zone de dévastation évidente dans les statistiques de notre époque: un tremblement de terre silencieux qui se répercute depuis les ravins de l'inégalité globale ". 

par abdelhak loubane publié dans : BREVESDECOMPTOIR.COM
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Mardi 1 février 2005

Depuis un certain temps, les entreprises privées marocaines confient leur sécurité à des officines privées qui proposent des services variés, tous liés à la sécurité, qui vont du nettoyage au gardiennage en passant par le jardinage. Les établissements publics s’y mettent progressivement, suivis par les immeubles d’habitation.

En soi, l'initiative peut paraître intéressante à plusieurs points de vue. D'abord, celui de l'emploi; ensuite, celui de la sécurité proprement dite et, enfin, au niveau de la crédibilité de l'entreprise qui présente désormais un "visage" avenant; il y va de son image (façade reluisante, couloirs propres, effluves capiteux, uniformes, etc.). Tout cela paraît donc aller dans le sillage de ce que l’on peut appeler  le modèle marocain de  dynamisation de la vie en général et la marche de l'entreprise  en particulier.

Seulement voilà, dans toute cette "débauche" d'uniformes, de statures athlétiques et d'exhalaisons odorantes, quelque chose d'indéfinissable nous renvoie à ce que nous tentons difficilement aujourd’hui d’évacuer. Comme tous les mots, celui de « sécurité » est excessivement chargé. Il n’y a pas si longtemps, la seule vision d’un uniforme nous mettait mal à l’aise et l’on se surprenait à nous demander si l’on avait pas fauté à l’insu de notre plein gré. Lorsque le mot a été pris en charge par le marketing, il est devenu argument de vente dans les transactions immobilières, vecteur d’image pour les entreprises. Dans la foulée, les traditionnelles femmes de ménage (qui, loin d’être des fonctionnaires fantômes, nettoyaient tous les soirs les mégots des fonctionnaires diurnes désoeuvrés pour la plupart), ont été priées d’aller voir ailleurs (certaines d’entre elles ont été récupérées par les sociétés de gardiennage). Du coup, les chaouchs des ministères, qu’ils soient jeunes ou vieux, paraissent bien chétifs devant les carrures des préposés à la sécurité; ils sont donc « recyclés » tant bien que mal dans d’autres occupations moins valorisantes, ou bien promptement inscrits sur les tablettes des départs volontaires. Ce qui est beaucoup plus inquiétant pour l’avenir de cette tendance sécuritaire, c’est que celle-ci se conçoit et se pratique désormais avec la mentalité d’avant la prestroika marocaine. Allez donc chercher un quelconque papier dans n’importe quel établissement ministériel et vous serez accueilli par un cerbère fagoté à la Rambo qui vous toisera d’abord et vous aboiera un chapelet de questions pour lesquelles il est employé: « qui, que, quoi, et pourquoi ». Si vos réponses sont à la mesure de la situation, il vous accompagnera, à regrets et en vous intimant presque l’ordre d’avancer, vers votre interlocuteur. J’ai eu récemment à faire avec ce genre d’énergumène en allant rendre visite à un ami qui dirige la rédaction d’un quotidien de la place. Ma visite étant personnelle, le préposé me dévisage comme si l’amitié était louche, non avenue dans le monde carré de la sécurité; on ne plaisante pas avec l’uniforme, mon ami. Du coup, je regrette le chaouch de l’immeuble où se situait le quotidien avant-sécurité, un chaouch désabusé, toujours entre deux bâillements, s’emparant, comme dans un rêve, du combiné du téléphone d’une main nonchalante et appelant, d’une voix monocorde et enrouée, mon ami pour m’annoncer. Ce chaouch était blasé mais humain.       

 

par abdelhak loubane publié dans : LEXICOM
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Mercredi 26 janvier 2005

La question, elle-même, est-elle  licite?;  pire, n’émane-t-elle pas d’un esprit laïc, voire mécréant et donc mal intentionné?. Oserait-on quantifier un rituel fondateur en le soumettant aux procédures humaines, trop humaines, des statistiques, forcément illusoires et trompeuses comme tout ce qui nous sollicite ici-bas! Le Haut Commissariat au Plan (HCP) a pourtant osé en publiant des chiffres qui sont passés presque inaperçus, assourdis et embués par les éructations sonores des lendemains de l’Aid poussées à l’unisson par mes concitoyens carnivores.  Que disent ces chiffres?. Tout simplement que 5,2 % des ménages marocains n’ont pas éructé cette année pour la bonne raison qu’ils n’ont pas sacrifié au rite. En s’abstenant d’immoler, comme il se doit, un mouton, ces 5,2 % des ménages se mettent-ils, de facto, en dehors de la communauté musulmane?. Le Haut Commissariat ne nous dit rien à ce sujet; il se contente, en bonne officine gouvernementale, de nous traduire une tendance en chiffres sonnants et trébuchants. En bon statisticien, le préposé aux écritures rajoute que ces réfractaires à la chose religieuse sont instruits et non dépourvus de biens matériels (ils sont en effet 13 % parmi ces ménages à être dirigés - c’est la formule du HCP- par un membre ayant fait des études supérieures). Mieux encore, sur les « 10 % des ménages les plus aisés, 11 % n’observent pas le rituel du sacrifice ». Pour ce qui est du Maroc d’en bas, 4 % seulement des ménages dérogent aux rituels, acculés à cela par ce que les économistes appellent le seuil de pauvreté (en dépit des offres alléchantes des sociétés  de crédit  et les publicités « glissantes » de produits de circonstance mises au goût du jour).

Alors, faut-il soupçonner, derrière ce ramadan, un pied de nez de la nature qui nous a gratifié, ces derniers jours, de belles, bien que froides, matinées ensoleillées?. C’est vrai que l’Aid tombe pile avec les vacances scolaires et un vendredi de surcroît; c’est vrai aussi que les cimes enneigées de l’Atlas sont plus belles vues de l’esplanade du Mansour Dahbi de Marrakech, le visage fouetté par la brise froide qui descend de sit Fadma, les narines sollicitées par des fragrances que seule la ville ocre peut encore assurer à ses inconditionnels. Faut-alors alors brûler Marrakech (qui séduit tout ce beau monde), les riches Marocains instruits de Casablanca (juste pour le bénéfice du doute), le Ministère de l’Education Nationale (qui rallonge les vacances ou les fait tomber au mauvais moment) ou les trois à la fois, pour l’exemple et aussi pour l’honneur du titre d’égorgeur de mouton?. Là encore, les statistiques du HCP demeurent muettes.  

par abdelhak loubane publié dans : TRIPTICOM
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Samedi 15 janvier 2005

Il s'agit en fait d'un tsunami qui ne concerne que mes pauvres cordes vocales : une bonne  grippe de derrière les fagots pour m'empêcher de poster, moi qui aime bien les transports (en dehors de ceux occasionnés par les vagues de pluket). Deux semaines donc à contempler les plafonds des pièces de la maison et à compter, sur les chaînes de télévision (comme on dit sur les doigts),les milliards (en fait il y en a combien?) de dollars destinés aux sinistrés asiatiques. Et cette interrogation lancinante : après l'Asie, serait-ce le Moyen Orient la prochaine rave lacrymale mondiale?. On disait Bush rassasié par le double mandat et que ce second passage à la Maison Blanche permet généralement aux réelus de peaufiner leur politique internationale, histoire de laisser un petit quelque chose de sympathique pour la prospérité. Powell, sur le départ, a raté une occasion de nous montrer autre chose  que ce qu'il prétend être en nous serinant, sur l'air de vainqueur magnanime, la main sur le coeur et le doigt sur la couture du pantalon, que l'aide ira aussi aux populations musulmanes.Preuve, selon lui, que l'Amérique défend des valeurs universelles... de manière un peu particulière, mon cher!.

Ici bas, dans notre froide mais néanmoins heureuse terre marocaine, d'anciens bagnards de tazmmamart et d'ailleurs racontent qu'on leur a (encore) dit de ne pas raconter ce qui s'est passé et par qui ce qui est arrivé arriva; tout cela entre les quatre murs (d'un studio de télévision?)et sous les lumières des projecteurs, histoire de rappeler à ces ingrats que la vie est belle, à la télévision, et que le fait qu'ils soient encore à fructifier le marxisme-léninisme sur le dos des contribuables est la preuve que notre terre est bien heureuse, tsunami ou pas. Pendant que l'on s'extasie sur le chemin parcouru, par l'autre bout de la lorgnette, un ptit clic, imperceptible même pour le cameraman adepte du panoramique, rappelle que la technologie n'en a cure des raves lacrymales; son rap à elle, c'est le dispositif télévisuel qui tisse les manières d'apprécier ce que ce dispositif lui-même donne à voir chaque jour; ses samples, c'est la mise en spectacle, surtout des privations.En fin de compte, c'est le dispositif télévisuel qui a accompli un grand pas, comme il le fait chaque jour, vers plus de crétinisation. Après les bagnards de Tazmmamart, il y aura les filles-mères de Casablanca ou les chômeurs du devant le Parlement. A la prochaine rave!

par abdelhak loubane publié dans : TRIPTICOM
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Samedi 18 décembre 2004

j'ai eu dernièrement une discussion avec un des mes étudiants alors que nous étions en train d'évaluer la portée de certains spots publicitaires en langue arabe.Il était question de mesurer l'efficacité d'un spot publicitaire à la clarté que met le créatif à véhiculer la promesse que le produit propose.Le constat suivant a été établi et accepté par l'ensemble des étudiants : dans les spots marocains, il ya plusieurs promesses à la fois, souvent divergentes et propres à introduire une certaine dissonance dans l'acte de communication. Un état de fait que nous avons essayé d'analyser et d'en trouver la source. La discussion a soudain bifurqué sur coca-cola qui communique de manière simple et efficace en proposant à la planète la même promesse du bonheur simple de boire un soda.  Je fus alors surpris par cette espèce de paranoia qui s'est emparée de tout le monde à propos de tout et de tout le monde. L'étudiant que j'ai cité au début me rétorque, en substance, qu'il faut se méfier de la simplicité des slogans qui peut cacher des desseins inavouables de la part des marques. J'ai essayé d'expliquer qu'un créatif dans une agence n'est pas forcément un cynique lobbyiste à la solde de je ne sais quel obscure officine; qu'un créatif est au service avant tout de son métier fait d'efficacité marketing (il faut bien que les produits se vendent) et, si c'est dans ses cordes, d'un sens esthétique qui fait qu'une publicité n'apparaît pas seulement sous l'angle utilitaire du profit.Pour mon étudiant, il faut se méfier systématiquement de tous les créatifs, surtout lorsqu'ils sont étrangers. Tous les créatifs ne sont pas innocents, d'après lui. J'ai expliqué que la différence entre les créatifs, marocains ou étrangers, se fait sur les concepts et les axes de communication, que tout le monde peut se tromper ou produire des publicités un peu hardies, s'en rendre compte et rectifier le tir. J'ai cité comme exemple coca cola, justement, qui a retiré de la circulation un spot où on voit un musulman se prosterner devant une bouteille de coca. Rien à faire, pour mon étudiant, les nazéréens veulent humilier l'islam. Et c'est alors que je me suis rendu compte, j'espère me tromper, qu'une certaine manière de voir s'installe insidieusement dans toute réflexion, dans les actes quotidiens et les actions que l'on entreprend chaque jour; que cette manière de penser non seulement exclut, c'est évident, mais qu'elle s'exclut elle-même de ce qui ne verse pas dans la même direction qu'elle.Je me suis ensuite mis à réfléchir sur les tenants de cette manière de voir en passant en revue tout ce qui peut l'expliquer : humiliation, exclusion, nécessités et manques divers et variés. Mais est-ce vraiment résoudre l'équation en se drapant dans une paranoia qui explique tout, surtout cette démission de la pensée qui met tout sur le dos de la malveillance des autres?. Je me suis rappelé que cette manière de voir touche déjà le port vestimentaire, la locomotion, etc.  On stigmatise un état des choses non seulement par les mots mais également par la manière de s'habiller, de se mouvoir, de travailler aussi. De la publicité au management en passant par les moyens de transport, ce nouvel état des choses mérite réflexion.

par abdelhak loubane publié dans : TRIPTICOM
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